Ce printemps 2011, telle une hirondelle, annonce la naissance du cent unième département de la France. C’est ainsi ! Les Mahorais l’ont voulu et obtenu ; ils ont décidé de rester Français, de se séparer des trois autres îles de l’Union des Comores. Est-ce un bon choix ? L’avenir le dira…
Nous vous proposons deux points de vue :
Celui de Nassuf Djailani (déjà évoqué dans le blog lors du printemps des poètes), journaliste et poète, né en 1981 à Chiconi, sur la côte ouest de Mayotte :
« Aujourd’hui, je me dis que nous y sommes. La départementalisation est pire que le prince charmant, c’est une nouvelle religion. On y entre comme dans quelque de sacré. C’est comme le Beaujolais nouveau, on l’attend, mais on sait qu’on va être déçu.
Je constate juste que les marionnettistes ont réussi leur coup, les Mahorais sont comme des automates : aucune contradiction, aucun questionnement. Il faut peut-être laisser les gens expérimenter ça et aller jusqu’au bout de leurs erreurs. Cette croyance que les institutions, les aides sociale et les charters d’€uros vont apporter un mieux-être, est absurde !
Le rapport avec la France n’est pas très sain. C’est un rapport d’amant à maîtresse, vénal et intéressé. Les gens veulent la départementalisation mais seulement pour toucher les minima sociaux. Savent-ils au moins ce que sont les charges fiscales, les impôts sur le revenu, les taxes foncières ? ».
In MAYOTTE Albalad N° 175 du Vendredi 25 Mars 2011
Celui de Laurent Canavate, Directeur de publication de Mayotte HEBDO, pour qui la départementalisation est « Une super boîte à outils » :
« Il y a pratiquement tout ce qu’un bon ouvrier peut imaginer. Il y a tous les outils nécessaires pour le développement économique, social, culturel. Il y a des outils pour protéger les langues régionales, des outils pour aider les sportifs de haut niveau. Il y a ce qu’il faut pour faire disparaître l’analphabétisme, pour réduire à néant certaines maladies, pour prendre en charge les enfants abandonnés ou en difficulté.
Cette boîte à outils recèle des trésors insoupçonnés pour la promotion de l’essence d’ylang, pour la diffusion au cinéma de films d’auteurs, pour mettre en place des formations de haut niveau à Mayotte…
Tout cela et tant d’autres choses sont faisables… à condition de s’y mettre. (…) Un artisan restant assis à côté de sa boîte à outils ne verra pas la maison se construire. Il peut avoir les meilleurs outils du monde, ils ne lui serviront à rien s’il ne travaille pas, s’il ne sait pas les utiliser (…).»
In Mayotte HEBDO N° 514 du Vendredi 25 mars 2011