La Beauté…

"Dans nos ténèbres,
il n'y a pas une place pour la beauté.
Toute la place est pour la beauté."

René Char
Feuillets d'Hypnos

                                             ***

                       "Il ne faut pas jeter les rêves
parce qu'on n'a pas su les raconter,
il faut les façonner
jusqu'à ce qu'ils trouvent les mots
et l'auréole qui leur conviennent."

             Gianni Celati
L'almanach du paradis

                                                         ***


                                             "La beauté n'est pas dans les choses,
                                              elle est en nous
                                             dans notre regard…"

                                                                                   François Cheng
                                                                                    Cinq méditations sur la beauté

vendredi 12 août 2011

Une journée entière dans les Cévennes

C’est une merveille d’ignorer l’avenir ! Merveille que d’accueillir l’inconnu ! Merveille que de se déplacer sur coussin d’air ! Être privé d’automobile ouvre des perspectives, des paysages, des assoupissements inconnus au volant…

Ce jour là, nous avons glissé en autobus entre la cité romaine et les Cévennes… Dans la fraicheur du mistral, sous un ciel pur, nous avons pris place aux premières loges de l’autocar vide… Un panorama s’est alors ouvert : les horizons cévenols, les alignements de vignobles, les bourgs de la Gardonnenque, la palette des
couleurs méditerranéennes…

À dix heures, Raymond et Annick nous accueillent au stand musical à Saint Jean du Gard : Malou tombe en arrêt devant le dernier disque de Syrano, les musiques de Brassens devenues universelles, colorent le partage thé/café. Les parfums du marché sont intemporels : il reste toujours quelque chose de l’enfance…

Peu avant midi, un peu plus loin à Boisseroles, Marie Annick et Yvan nous invitent à des dégustations et à d’autres voyages des sens : du vin d’orange maison aux framboises du jardin — un enchantement—, du soufflet au poisson aux calissons… Les aventures passées et à venir fleurissent entre les coups de fourchette… Merveille du présent partagé…

Le retour vers la ville : une douce glissade, yeux mi-clos, dans des fauteuils moelleux… Nous oublions alors la fuite en avant désordonnée du monde… Merveille que d’ignorer la suite. Être sage, c’est savoir de quoi est fait le bonheur…


lundi 8 août 2011

Gard à Mayotte !

De l’hiver austral à l’été provençal ! Les temps modernes permettent en quelques heures de passer de l’un à l’autre ! Près de vingt quatre heures pour retrouver les senteurs de Provence et la famille et les amis ! L’allégresse des hirondelles et des cigales nous a accueillis à Nîmes jusqu’à la porte de Marie et d’Attilio à deux pas des arènes…

Et nous avons retrouvé nos vélos avec grand plaisir… À nous les trottoirs : la cité romaine n’aime pas les bicyclettes et les pistes cyclables sont inexistantes ou ridicules ! Il est presque aussi
dangereux de faire du deux roues à Nîmes que de rouler à Mayotte !

Dès le samedi, déjeuner dans le jardin frais de Catherine et Alain ! Nous avons voyagé entre Sénégal et Haïti tout en dégustant les grillades avec un délicieux Crozes Hermitage… Et le soir, dans les arènes : Messa da Requiem pour quatre solistes composé par Giuseppe Verdi en 1874.

Nous avons poursuivi notre "rattrapage" culturel avec Une collection Particulière au musée des Beaux-Arts : occasion de découvrir des œuvres de Max Ernst et de Victor Brauner…

samedi 30 juillet 2011

Philémon au chalet…


Le chalet a trouvé son prince : Philémon ! C'est un grand garçon, joyeux, attentif, gourmand, drôle… En un mot : ADORABLE ! Curieux de tout ! Et il est de toutes les découvertes : sortie baleines/dauphins, ascension du Mont Choungui, découverte de Petite Terre avec le le Dziani Dzaha et Moya, les îlots Choizil et de Mtsamboro, la Baie des tortues, les padzas de Dapani…

Et bien sûr les plages de Sakouli et de N'gouja ! "L'eau ! L'eau ! L'eau ! Bateau !" Un amoureux de l'eau ! Un poisson ! Et au chalet, les jeux d'eau dans le baquet rose sur la varangue font sa grande joie ! Et un petit tour en kayak face à l'îlot de Bandrélé. Ses parents et Adrien se sont régalés lors de plusieurs plongées dans le lagon…

Tout l'émerveille : les margouillats, les papillons, les fleurs, les oiseaux… Le chalet résonne chaque jour de ses rires, de ses commentaires… Et quel gourmand ! Ah, les bananes de Mayotte ! Un vrai maki gourmand ! Il repart vers Lutèce avec sa maman, son papa et son tonton, tout bronzé ! Il s'est régalé à chaque instant de son séjour mahorais…

lundi 25 juillet 2011

Au sommet du Choungui

Nous voici au sommet du Choungui (594 m), deuxième sommet de l'île ! Le début de l’ascension est tout en douceur… Puis, soudain, un mur de racines et de roches se dressent devant nous : Philémon « encordé » sur le dos de Jean Lou, Adrien et Virginie suivent allègrement, Mamy Lou et Papyllon ferment la marche… Nous progressons en nous accrochant aux racines et aux arêtes de l’ancien volcan ; nous progressons le nez au ras de la paroi sans pouvoir apprécier la végétation exceptionnelle… Une petite heure d’efforts et nous atteignons le sommet : un panorama à 360° sous un ciel tourmenté s’offre à nous… La descente est joyeuse : Philémon rit accroché au dos de son papa… En bas, nous reprenons des forces au restaurant La Perle de l’île à Kani-Kéli, avant d’aller nous poser dans une crique de sable blanc (Mtsanga Tchapou)… Une journée magnifique !

mardi 19 juillet 2011

Le ponton de N'gouja n'est plus


Avec son chapeau de paille, ses jeux de lumière, le ponton de N'gouja était un des symboles de Mayotte ! Il était présent sur les brochures de voyage et il était la star des photographes !
De la plage ou dans l'eau, on cherchait sa silhouette pour se repérer… Le soleil couchant jouait avec lui ! Dès notre arrivée, nous sommes allés le saluer…
Début juillet, suite à un accident grave, nous avons appris sa démolition…
Le site de N'gouja et son Jardin Maoré ont perdu un peu de leur âme…

samedi 16 juillet 2011

La piste longue…

Avec près de 100 000 passagers par an, l’aménagement d’une piste longue de l’aéroport Dzaoudzi-Pamandzi est devenu un enjeu politique et économique ! Cet été, s’ouvrent les débats publics prévus jusqu’en novembre 2001. Hier, à Dembéni, j’ai assisté à l’un des premiers débats organisés par la Commission nationale du débat public.
En présence de trois représentants de la Direction générale de l’aviation civile, une vingtaine de citoyens ont pu poser les questions en français et shimaoré : « La piste longue : parlons-en » est le slogan de cette série de débats publics.
Le maire de Dembéni semble être très impatient de voir démarrer les travaux et s’interroge sur le choix du bois pour la nouvelle aérogare… Quant à la vice-présidente du Conseil Général, point de salut sans la piste longue ! Un jeune Mahorais s’inquiète du décalage entre les propos entendus sur la protection de l’environnement et les risques potentiels de ce projet : des millions de m3 de gravats jetés dans le lagon tout près de la passe en S !
Une forêt primaire en voie de disparition, un lagon pollué : absence de réseau d’assainissement et déforestation, des agressions aux personnes et aux biens de plus en plus violentes et fréquentes, des milliers de clandestins et 265 000 habitants en 2015… voici quelques éléments d’un constat préoccupant !

Et si la vraie question était : quel avenir pour Mayotte ? Que veulent les Mahorais :
— une île où viennent quelques riches touristes cachés dans des hôtels de luxe entourés de ghettos de pauvreté avec un lagon pollué et une forêt en décomposition ?
ou
— une île où les habitants vivent en harmonie avec les beautés naturelles de leur terre grâce à un développement durable et raisonnable dû à leurs initiatives et leur travail ?

Et si la piste longue n’était pas LA SOLUTION à tous les défis actuels ?

lundi 11 juillet 2011

L'arrivée de quatre Lutéciens…

Ce lundi 11 juillet 2011, nous allons accueillir à l'aéroport en Petite Terre, quatre visiteurs très attendus…
Nous avons préparé le chalet : offrir trois semaines de découvertes du confetti mahorais à Philémon, Virginie, Jean Lou et Adrien…
Ils sont partis la veille d'une autre île : l'Île de France, de Lutèce ! Nous prenons la barge ce lundi matin avec un accent mahorais ; voici près d'un an que nous sommes sur l'île hippocampe : "caribou maoré" à vous quatre, le chalet va résonner de rires jusqu'à la fin du mois !

jeudi 7 juillet 2011

Nawal


Une voix, une voix chaude et profonde, la voix d’une grande dame à l’élégance raffinée, nous a surpris sous les étoiles, un soir de juillet, à Tsingoni. Nawal « la voix des Comores » (auteur, compositrice et interprète) nous a emmenés dans son univers de paix et d’amour…

Seule en scène avec une flûte, un gabussi (luth, voir article du blog à droite), un daf (zarb), elle dégage une source de forces apaisantes. Lors de certains concerts, elle est accompagnée d'un contrebassiste et d'un percussionniste…

« Ma musique est métisse et je suis porteuse du message que nous ne formons qu'un seul, et que c’est ensemble que nous accédons à la beauté », dit-elle. « Embellissons ainsi la vie, profitons-en et soyons heureux ! Peut-être est-ce un moyen d'avoir plus de paix dans le monde. »


Nous vous invitons à la découvrir : http://www.nawali.com/

lundi 4 juillet 2011

La course de pneus…

1150 participants pour la 28e édition : 800 enfants et 350 adultes, précédés d’un pneu ont déambulé ce 2 juillet 2011, dans les rues de Mamoudzou ! Tous les modèles de pneumatique sont autorisés : du plus petit au géant ! Créée par Jack Passe, la course s’est affirmée comme un véritable symbole de l’île. Elle est ouverte à tous, l’inscription est gratuite et tous les participants reçoivent un cadeau ; seule restriction : mesurer 1,45 mètres ! Et sur un parcours de 2,6 km, les participants au Grand Prix F1 de Mayotte s’élancent depuis le stade de Cavani jusqu’à la rocade de Mamoudzou, en passant par les ronds-points du Baobab et du Manguier… Une course riche en rebondissements et en anecdotes…

mercredi 29 juin 2011

Voulé

C’est le nom local du barbecue ! À Mayotte, c’est quasi une institution ! Et toutes les occasions sont bonnes pour organiser un voulé ! En général, un bon voulé se déroule sur la plage ! Il nous est arrivé souvent, sur le littoral, de voir des fumées s’élever entre les baobabs, de sentir des odeurs de grillade et d’entendre une bonne dose de décibels accompagner ces réunions joyeuses… les week-ends essentiellement !
Et lors du dernier dimanche de juin, nous avons été invités à un voulé ! Un voulé exceptionnel sur la plage de Bambo Est, à Bandrélé. Marie Céline et Yves conviaient leurs amis à fêter leur retour à
La Réunion… Amoureux de la nature, ils ont sillonné l’île aux parfums, durant neuf années… et ils nous ont dit avoir encore découvert des sentiers la veille ! Marie Céline a participé activement aux sorties proposées par les NATURALISTES (Environnement et Patrimoine de MAYOTTE), un régal : elle devant, à repérer les plantes et arbres à voir, « son » Yves fermant la marche ! Le buffet était préparé par Djamilat, la « reine des voulés » : bananes, manioc, riz, brochettes de zébu et bien sûr les mabawas (ailes de poulet) grillés… Pas de voulé sans mabawas ! Et punchs variés…
Et, le clou de la journée : musique et danses du groupe Kingafolk de Labattoir à Petite Terre… Magnifique dans la palmeraie ! Un voulé réussi !

vendredi 24 juin 2011

Kwassa-kwassa

« Entre les Comoriens de Mayotte et les Roms, les quotas d’expulsion en France sont pratiquement atteints… » Entendu à France Inter ce jeudi 23 juin ! Avec près de 70 000 clandestins en situation irré- gulière (un tiers de la population de l’île) et près de 20 000 reconduites à la frontière, Mayotte représente plus de 60 % des expulsions réalisées sur le territoire national.

Quelques semaines auparavant, alors que nous étions sur une plage près de Sohoa, nous avons assisté à l’arrivée d’un kwassa-kwassa ! Une barque de pêcheurs vient de traverser le bras de mer
d’une soixantaine de kilomètres séparant Mayotte d’Anjouan, l’île comorienne la plus proche. À son bord, plus de trente personnes descendent assez vite d'une embarcation prévue pour douze.

La quasi impossibilité pour un Comorien d’obtenir un visa pour venir à Mayotte, donc en France, est à l’origine de ce qui est devenu un moyen de transport presque ordinaire pour des milliers
d’hommes, de femmes et d’enfants chaque année. Les traversées en kwassa-kwassa font environ cent cinquante morts par an, majoritairement des femmes et des enfants qui ne savent pas
nager… cela dure depuis plus de quinze ans !

Les liens séculaires, la différence considérable de niveau de vie, la proximité des îles de l’archipel, exposent Mayotte à une pression migratoire très forte. L’hôpital de Mamoudzou est, de ce fait, la première maternité de France :
70 % des naissances concernent des Comoriennes en situation irrégulière…

Nous vous invitons à lire : Mayotte, un silence assourdissant de Feyçal (Publibook)

et à consulter le site ci-dessous :
http://www.malango-mayotte.fr/immigration_clandestine/traversee.htm

mardi 14 juin 2011

Pentecôte à M'tsamboro

Situé au Nord Ouest de l’île, M’tsamboro est le plus grand îlot du lagon. Il est réputé pour la culture des oranges et ses plages paradisiaques ! Le dimanche de Pentecôte, avec Patricia et Olivier (initiateurs du projet), nous voici partis sur une barque de pêcheurs, en direction des îlots du Nord. Plus d’une vingtaine d’îlots sont répartis dans le lagon à l’abri de l’océan. C'est vers une "vraie île" de plusieurs km2 que nous mettons le cap !
Alors que l’été hexagonal illumine le marché de Bergerac et la Féria de Nîmes, c’est un grain breton qui nous accueille à l’arrivée sur la languette de sable joignant les deux promontoires de l’îlot Choisil ! La saison des pluies joue les prolongations ! Cela n’a pas empêché notre pêcheur de nous préparer un excellent repas au feu de bois, après pastis & olives ! Fruits à pain en lamelle frits et poissons — du lagon — cuits à la broche. Chocolat et zestes de cédrats confits en dessert ! Byzance à M’tsamboro !

vendredi 10 juin 2011

Bambous et baobabs

Quitter la côte, s’éloigner du lagon. Prendre de la hauteur en direction de Combani. Lors de la saison chaude, les citadins aisés de Mamoudzou viennent s'y mettre au vert . C’est l’ancien cœur agricole de l’île, d’où étaient commandés les domaines consacrés à l’exploitation sucrière. Nous avons vagabondé dans la Réserve Forestière de Combani au pied du Mont… Combani (477 m). À la recherche du massif de bambous géants. Les bambous poussent un peu partout sur l'île MAIS les géants sont ici !
De la famille des graminées, le bambou est l’herbe la plus grande du monde. Ceux de Kwalé ont été plantés dans les années 70, ils peuvent vivre 75 à 80 ans, atteindre 40 m de hauteur et mesurer près de 1 m de circonférence. Les champs d’ylang-ylang parfument la réserve forestière ; l’ancien domaine de Jean-Paul Guerlain est tout proche…
Glisser vers le Sud pour retrouver les baobabs. Ils sont plus rares au Nord. À l’approche de l’hiver austral (de mai à juin) ils perdent leurs feuilles : sont-ils posés à l’envers ? Les racines dressées vers le ciel ! Avec leur "peau d’éléphant" et leurs "menottes vertes" quand ils sont en feuilles, leurs silhouettes sont attachantes. Plusieurs nous tiennent compagnie autour du chalet…
Quelques baobabs centenaires bordent les plages du sud de Mahoré, de Sakouli à N’gouja en passant par la pointe de Saziley… Les roussettes (grosses chauves-souris) viennent s'y reposer et se chamailler. Les fleurs blanches donnent des fruits en forme d’outres, fruits comestibles : jus, confiture… On peut voir les femmes et les enfants gauler les fruits sur les plages. Un artisan mzungu (occidental à la peau blanche) transforme la carapace du fruit sec en objets utiles ou décoratifs…

lundi 30 mai 2011

La presqu’île de Bouéni





C’est un endroit magique ! Aussi nous y sommes allés à deux reprises en une semaine.

Dans le cadre d’une Classe Marine, nous avons accompagné les 28 élèves de CM2 A de l’École de Dembéni, pour trois jours de découverte à Hanyoudrou dans la baie de Bouéni : au sud/ouest de l'île, le nez de l'hippocampe.
Avec la participation active de
Zaliata et de Tadidjine de l’association TAMA, et de Steve (collègue de Malou), filles et garçons ont découvert la mangrove de Poroani (voir le message du blog de décembre), les padzas de Dapani (voir colonne de droite du blog), la joie du kayak, les surprises de l’écriture poétique, les nuits courtes sous la tente…

Fin mai, nous avons parcouru, avec une dizaine de randonneurs, les pentes des monts Ngoujou et Boungoudranavi (266 m) avec
des vues magnifiques sur le lagon, la baie de… Bouéni, les récifs coralliens tout en empruntant pistes, sentiers étroits, chemins de zébus. Nous avons constaté l’agression des cultures sur brûlis sur la forêt primaire (elle ne représente plus que 8% de la surface insulaire ! Voir message de février avec les orchidées) et l’abandon de la culture du poivrier, du caféier, du giroflier… Puis quelques surprises : ce baobab nu et solitaire, ce champ de salades sur une mare…

samedi 21 mai 2011

Nyambo Titi : Petite-Terre









Pour se rendre à Petite-Terre (10 km²), depuis Grande-Terre (365 km²), une seule solution : la barge. On l’emprunte dès son arrivée à Mayotte : l’aéroport de Pamandzi étant situé sur cette île distante de 2,6 km de Grande-Terre. À l'origine, la traversée s'effectuait par des boutres. Cette barge (15 mn de traversée, une navette toutes les demi-heures) est le premier service de ferry de France avec plus de 4 millions de passagers par an ! Un pont (à l'image de l'île de Ré !) est en projet afin de relier les deux îles de Mayotte.

D’origine volcanique et appuyé sur la barrière corallienne, l’îlot de 4 km de long a deux attraits naturels essentiels : le lac de cratère du Dziani Dzaha et les plages de Moya. Lors de randonnées nous avons découvert ces beautés naturelles.

Le lac Dziani est posé dans un cratère effondré ; il témoigne du volcanisme qui a fait surgir Mayotte du fond de l’Océan Indien. Sa couleur émeraude, son eau sulfureuse en font un lieu sacré (on peut voir sur ses pentes plusieurs lieux de cérémonie dédiés aux djinns). Déambuler sur le chemin de crête du cratère, en faire le tour
au soleil couchant, caresser des yeux les courbes des sommets de Grande-Terre et toute la place est pour la Beauté…

Par différents sentiers — bordés de cultures vivrières : bananes, manioc, embrevades (variétés de pois) — on peut atteindre les plages de Papani au pied de sa falaise (où, malheureusement, le braconnage des tortues est encore présent) et de Moya avec sa double baie. Ces deux anses sont les vestiges de cratères qui ont perdu la bataille contre les marées du large. Et nous avons assisté à une nouvelle ponte des tortues sous les étoiles…

mardi 10 mai 2011

Joyeux Anniversaire, Malou !

Ce dix mai deux mille onze
Malou lumineuse, est fêtée
toute la journée…

Et le soir vers 19 heures
c'est un apéro chorale
sur la varangue

Djamilat, Samir, Liliane
Joanna, Mahé, Léo,
Lucas, Gussie et Dom

sont venus chanter
un texte inédit
et partager notre bonheur…

Non, ce n’était pas le chalet
De la montagne, ce chalet
Qu’on se le dise au fond des ports
Dise au fond des ports
Ils naviguaient en pèr’ peinard
Au bord de l’Océan Indien
Et s’app’lait les copains d’abord
Les copains d’abord

Leur p’tites soirées tarot/gnocchi
C’est toute une philosophie
N’en déplaise aux p’tits Mahorais
Et leurs p’tits voulés
La p’tite Malou et son JiPé
N’étaient pas des enfants d’salauds
Mais des amis franco de port
Des copains d’abord

C’étaient pas des anges non plus
L’Évangile, ils l’avaient pas lu
Mais ils s’aimaient toutes voiles dehors
Toutes voiles dehors
Domi, Gussie et leur tribu
C’étaient leurs seuls voisins tordus
Avec la joie et tous à bord
Les copains d’abord…


Sous le soleil, au pays des merveilles, quel joli réveil !
Papillons, dauphins, baleines,
on s'en fout, c'est Maman qu'on aime !
Virginie

Nyamba à N'Gouja (les tortues à…)



Une belle plage ombragée par de gros baobabs : N’Gouja avec son jardin Maoré, est un lieu magique au sud de l’hippocampe. C’est là que nous avons posé nos palmes, masques et tubas pour quelques jours enchanteurs… Ici, les battements de l’océan rythment le temps : plongeons dès l’aurore avant le café et le thé ou sous les étoiles. Et, oh surprise, un matin : une tortue verte (celle qui broute l’herbe du platier) se hâte de recouvrir de sable son nid avant de filer vers les premières vagues bienfaitrices.

La veille déjà : « Il était là ce rocher tout à l’heure ? » me dit Malou allongée sur le sable… Le crépuscule s’installe, nous sommes seuls sous les baobabs… Je lève le nez de mon bouquin :
« Mais, c’est une tortue, ma Lou ! » Immobiles, nous avons suivi son approche du regard avant de l’aider à se dégager d’une barrière… Ces descendants de reptiles apparus voici plus de 250 millions, ont conservé une phase terrestre pour l’incubation des œufs. La femelle revient pondre sur la plage de sa naissance, à marée haute, la nuit tombée, et peut nager des milliers de kilomètres pour la retrouver…

Ce soir là, huit tortues vont venir chercher un nid afin de pondre sa centaine d’œufs ! Une seule a trouvé le cadre idéal : blottis dans le noir, sous la lune, nous avons attendu qu’elle creuse le puits de ponte. Plus de cent œufs de la taille d’une balle de ping-pong vont rester enfouis sous le sable durant deux mois environ. Un bébé sur cent deviendra une tortue adulte. Épuisée, elle retourne à l’eau, loin, très loin…

mardi 26 avril 2011

Pâques en blanc



L'îlot de Sable Blanc
(en shimaoré, Mtsanga Tsoholé :
« sable en forme de riz »)
est un banc de sable blanc,
un minuscule confetti du lagon,
situé à l'extrême Sud-Est
de Mayotte, à environ 1,7 km
de la pointe Sazilé.
C'est un reposoir de Sternes
et de Noddis : et quel spectacle
de voir ces oiseaux sous la lune
rassemblés sur la plage…

Eh oui ! Partages et Beautés
pour ces heures pascales
avec une douzaine d'aventuriers
sur ce récif de Sable Blanc
nu comme la paume de la main…
Nous y sommes arrivés vers 16 h,
le dimanche pascal : vent faible,
lumière douce annonçant
celles du couchant…

Très vite il est l'heure de prendre
l'apéro, les pieds dans l'eau,
sous des cieux colorés à la Sisley…
Et peu à peu, les étoiles
habillent les ténèbres :
Croix du Sud, Grande Ours,
Orion, Scorpion…

Alors, Malou nous emmène
sous un "Genévrier" imaginaire
pour un conte de Grimm…
Plus tard, après le dîner
et un bain de nuit fabuleux
au milieu du plancton fluorescent
Malou nous donne à voir Le Miracle du Lagon : "Il y a bien longtemps, sous la lune pâle, des hommes à bord d'une lourde pirogue s'échouèrent sur une île aux contours d'hippocampe…"

À l'aube, le soleil joue à cache-cache avec les grains ! Le ciel pleure de grosses larmes chaudes…
L'île de Mayotte a disparu de notre horizon, happée par les nuées ; seul le crocodile de Sazilé nous signale que nous n'avons pas dérivé sur les flots de l'Océan Indien…
Puis l'or matutinal réapparaît ! Les flots verts nous réveillent un peu plus… Les côtes se redessinent peu à peu…
Alors nous effaçons nos traces éphémères sous un soleil pascal joyeux, avant d'aller saluer les poissons du tombant de l'îlot Bambo et de retrouver le ponton de Mamoudzou avec des scintillements de Sable Blanc dans les yeux…

vendredi 22 avril 2011

Kashi-kazi et kusi


L’île hippocampe compte deux saisons. Khashi-kazi : saison des pluies et Kusi : saison sèche. Le climat de Mayotte est régi en été — d’octobre à mars — par le régime de la mousson venant du Nord : c’est la saison des pluies, saison la plus chaude (plus de 30°C le jour) avec un taux d’humidité important (jusqu’à 95%) et les jours sont un peu plus longs (de 5 h à 19 h). Notre premier été tropical a été modéré : des pluies régulières, tout juste suffisantes (pour les nappes phréatiques) et des températures tout à fait supportables (nous avons connu des températures plus élevées en Avignon, lors du festival, !). Et nous avons pu nous baigner presque tous les jours avec une eau entre 25° C et 28° C !
D’avril à septembre, c’est l’hiver ! Brrrrrrr : 20° C, comme minima en août… la nuit ! C’est la saison sèche avec encore quelques pluies ! Les vents alizés secs soufflent du Sud-Est et les jours diminuent (lever du jour à 6 h et tombée de la nuit rapide vers 18 h). Peu de signes de saisons intermédiaires : ah si, les baobabs commencent à se déshabiller et voici un arbre aux couleurs automnales sur la plage de Sakouli, à la mi-avril !

mercredi 13 avril 2011

Nisiona Nyora (je regarde les étoiles)



C’est la fête du ciel et des étoiles
sur la plage de Mutsangashedi
ce samedi 9 avril deux mille onze
sur la côte ouest de l'île
dans la Baie des Tortues
avec l’Association d’astronomie
de Mayotte : Nisiona Nyora
www.mayotte-astronomie.org

Rendez-vous avec le ciel austral
avec le lever de Dame Lune
avec Saturne :
la planète aux anneaux

avec la Grande Nébuleuse : pouponnière d’étoile…
le triplet du Lion et Régulus
la constellation de La Croix du Sud : la boîte à bijoux
la constellation de la Vierge et du Corbeau
la constellation de Centaure
la constellation du Scorpion
la constellation du Sagittaire
puis Vénus, le Trognon de Pomme, l’Anneau de la Lyre
et le Petit Nuage de Magellan…

lundi 4 avril 2011

Malou, conteuse à Mayotte


Samedi 2 avril 2011, sur la grande terrasse
de l’IFM de Dembéni, Malou conte…
Une soirée organisée
par l’association Hippocampus.

La nuit est là, la température est douce,
le vent s'est endormi…
Grands et petits font cercle face au lagon…
les Contes venus d’Afrique arrivent…

Et pendant une heure, Malou,
suspendue aux étoiles,
nous a emmenés sous Le Baobab,
rencontrer Le Savant et le Roi, Les Mille Génies, L’Araignée, Le Roi fou, Le Partage des Oies,
Le Village sans nom

et autres Contes traditionnels d’Afrique…

jeudi 31 mars 2011

Mayotte : 101e département français




Ce printemps 2011, telle une hirondelle, annonce la naissance du cent unième département de la France. C’est ainsi ! Les Mahorais l’ont voulu et obtenu ; ils ont décidé de rester Français, de se séparer des trois autres îles de l’Union des Comores. Est-ce un bon choix ? L’avenir le dira…
Nous vous proposons deux points de vue :

Celui de Nassuf Djailani (déjà évoqué dans le blog lors du printemps des poètes), journaliste et poète, né en 1981 à Chiconi, sur la côte ouest de Mayotte :

« Aujourd’hui, je me dis que nous y sommes. La départementalisation est pire que le prince charmant, c’est une nouvelle religion. On y entre comme dans quelque de sacré. C’est comme le Beaujolais nouveau, on l’attend, mais on sait qu’on va être déçu.
Je constate juste que les marionnettistes ont réussi leur coup, les Mahorais sont comme des automates : aucune contradiction, aucun questionnement. Il faut peut-être laisser les gens expérimenter ça et aller jusqu’au bout de leurs erreurs. Cette croyance que les institutions, les aides sociale et les charters d’€uros vont apporter un mieux-être, est absurde !
Le rapport avec la France n’est pas très sain. C’est un rapport d’amant à maîtresse, vénal et intéressé. Les gens veulent la départementalisation mais seulement pour toucher les minima sociaux. Savent-ils au moins ce que sont les charges fiscales, les impôts sur le revenu, les taxes foncières ? ».

In MAYOTTE Albalad N° 175 du Vendredi 25 Mars 2011

Celui de Laurent Canavate, Directeur de publication de Mayotte HEBDO, pour qui la départementalisation est « Une super boîte à outils » :

« Il y a pratiquement tout ce qu’un bon ouvrier peut imaginer. Il y a tous les outils nécessaires pour le développement économique, social, culturel. Il y a des outils pour protéger les langues régionales, des outils pour aider les sportifs de haut niveau. Il y a ce qu’il faut pour faire disparaître l’analphabétisme, pour réduire à néant certaines maladies, pour prendre en charge les enfants abandonnés ou en difficulté.
Cette boîte à outils recèle des trésors insoupçonnés pour la promotion de l’essence d’ylang, pour la diffusion au cinéma de films d’auteurs, pour mettre en place des formations de haut niveau à Mayotte…
Tout cela et tant d’autres choses sont faisables… à condition de s’y mettre. (…) Un artisan restant assis à côté de sa boîte à outils ne verra pas la maison se construire. Il peut avoir les meilleurs outils du monde, ils ne lui serviront à rien s’il ne travaille pas, s’il ne sait pas les utiliser (…).»

In Mayotte HEBDO N° 514 du Vendredi 25 mars 2011

jeudi 24 mars 2011

Archipel à venir…

je vous écris comme je peindrais un Archipel perdu je m’approche des baobabs accueillants et touchants leurs bras, leurs mains s’ouvrent avec Amour les oiseaux de couleurs nous guident vers Demain je vous écris comme je peindrais un Archipel vivant je m’approche du lagon immobile et foisonnant les prairies de coraux rêvent à des étoiles disparues les tortues vertes rêvent à des papillons marins je vous écris comme je peindrais un Archipel debout je m’approche de vous immobile et incertain les peurs de l’autre s’effacent devant le rire du vent les craintes de l’inconnu fondent avec vivre Ensemble jeanPol mars 2011 Archipel, un mot qui résonne au cœur de l’Océan Indien : Chagos, Comores, Glorieuses, Kerguelen, Maldives, Mascareignes, Seychelles… La poésie, au-dessus (?), à côté (?) des vanités, est une source de voyages, de découvertes, d'engagement, de résistance, de renaissance… Et nous voici sur les traces de René Char, avec son recueil Poèmes en archipel présent au CDI de l'IFM de Dembéni : Faire un poème, c’est prendre possession d’un au-delà nuptial qui se trouve bien dans cette vie, très attaché à elle, et cependant à proximité des urnes de la mort. Il faut s’établir à l’extérieur de soi, au bord des larmes et dans l’orbite des famines, si nous voulons que quelque chose hors du commun se produise, qui n’était que pour nous. Si l’angoisse qui nous évide abandonnait sa grotte glacée, si l’amante dans notre cœur arrêtait la pluie de fourmis, le Chant reprendrait. René Char Quitter (1959) Poèmes en archipel

vendredi 18 mars 2011

Le Printemps des Poètes à Mayotte (2011)





Îles cicatrices des eaux
Îles évidences de blessures
Îles miettes
Îles informes

Îles mauvais papier déchiré
sur les eaux
Îles tronçon côte à côte fichés
sur l'épée flambée du Soleil

Îles annelées, unique carême belle
Et je te caresse
de mes mains d’océan
Et je te vire de
mes paroles alizées
Et je te lèche
de mes langues d’algues…


Aimé Césaire
Cahier d’un retour au pays natal

Cette année, le Printemps des Poètes propose de faire (re)découvrir la poésie des Outre-mer. « Dévorer la langue française comme si c’était une noix de coco » telle est l’invitation faite par Nassuf Djailani, poète mahorais, aux écoliers de l’île aux parfums. Avec Chantal Dupuy-Dunier (venue de Cronze en Haute-Loire, pour qui la poésie se vit intensément, amoureusement…), il est le parrain du treizième Printemps des Poètes : l’occasion de dire que la poésie est vivante, qu’elle peut être une arme en tant que citoyen, qu’elle permet de se définir dans sa présence au monde…

Sur le confetti de l’Océan Indien, 1500 élèves ont participé au concours de création poétique placé sous le signe de l’Outre-mer : « D’infinis paysages ». Ils sont invités à se faire passeurs de poèmes, à découvrir des textes ultra-marins ou à écrire dans les pas d’Aimé Césaire…

jeudi 10 mars 2011

Mayotte, Nice, Nîmes, Lutèce… Mayotte



Les premiers signes du printemps nous ont accueillis sur l’hexagone : mimosas, amandiers, forsythias, crocus, jonquilles en fleurs.

Puis, à Nice, Firminy, Alès, Nîmes, Paris, nous nous sommes laissés bercés par la chaleur et la joie de nos hôtes, parents, enfants et petits enfants, ami(e)s :
Lola, Stéphane, Georgette, Raymond et Annick, Gislaine et Éric, Alice, Joëlle, Viviane, Marie et Attilio, Joëlle et Jean Marc, Sylvie et Jean, Philémon, Virginie et Jean Lou, Adrien, Pascal et Marthe, Oriana, Arnaud, Matthieu, Gaby et Robert, Léna et Alexis, Maxime, Laure et Julien, Capucine, Anne et Jean Daniel, Sophie et Cyrille, Chantal, Liliane et Marie Hélène…




Nous avons aussi régalé nos papilles avec des saveurs en sommeil depuis notre départ pour l’Océan Indien : brandade de Nîmes, dos de cabillaud en papillotes, épaule d'agneau, confits de canard aux châtaignes, aïoli, buffet de Puteaux, potée de Montreuil, lapin aux champignons et pois gourmands, tarte aux pommes et flan maison, macarons et calissons…

Aujourd’hui, nous regagnons notre chalet florentin sur le confetti mahorais, avec au chaud dans le cœur, la beauté de ces moments partagés. À bientôt…






Façade jaune jonquille
Miss Malou se balance au store
et le vent d'hiver malin
s'amuse dans les ruelles

à la lisière des yeux
entre hier et demain
le charme du clin d'oeil
s'envole comme un parfum


jeanPol

dimanche 27 février 2011

Pause zen…

Nous voici depuis six mois sur le confetti mahorais. La saison des pluies s'installe en douceur : grosses averses, orages nocturnes, températures acceptables… Il est vrai que le chalet est bien ventilé, et que sans clim' et avec très peu de ventilateur, une varangue nord est, nous vivons bien notre premier été tropical. Nous quittons l’île aux parfums pour une escapade vers l’hexagone : Nice, Nîmes et Lutèce… pour des partages joyeux avec proches et ami(e)s… Retour sur le confetti mahorais vers le 10 mars. L'hiver tropical approche…


Je glisse, lignes réglisse
le long des flots bleus
ombres/palmiers le long
des ports assoupis
je relis Tes mots savane
colombes du désert
Nous Deux poissons
hors du nid/chalet
Tu souris : lumière de
la varangue au baobab
je relis Tes mots lagon
glissons à l’unisson…


jeanPol

samedi 12 février 2011

Port imprévu…


Voici un an, nous étions en Bretagne sud, entre Vannes et Nantes, à Kerkabellec, chez Martine et Martin. Malou, dans le port de Piriac, face au large, ne savait pas encore que six mois après, elle allait s'envoler pour Mayotte…

Une pluie légère de fin d’été. La poussière jaune du soufre s’efface, discrètement, sous l’effet des gouttes rondes. Les feuilles du carré de vigne reverdissent peu à peu. Elle avance sur le chemin de terre. Près d’un cabanon, quelques outils sans âge reposent sur un amas de sarments déjà secs. Je l’ai vue sortir de la maison aux volets blancs. Elle a rangé quelques petits meubles dans le coffre de la voiture rouge, deux ou trois bagages ont comblé les espaces restants. Elle a démarré lentement. J’aime la présence de ce carré de vigne entre nos deux maisons. Elle aussi, m’a-t-elle encore dit hier soir, au couchant.

Regarder le ciel nuit et jour
ne jamais perdre des yeux son étoile…


Je prends la route en pente douce. Un timide arc-en-ciel nimbe la vieille chapelle. Butte témoin d’une époque romane, accent circonflexe sur le pic volcanique. J’ai le sentiment d’abandonner mon voisin et son carré de vigne. Je me souviens de sa voix « Ici, les pèlerins empruntaient le déambulatoire… », il emmenait chaque année le club du troisième âge : chapiteaux polychromes et fromage fermier, les deux points forts du week-end auvergnat à Saint Nectaire. Toujours, le long week-end de Pentecôte. Le « clube », comme il aimait à dire, devra trouver une autre animatrice. Je m’en vais vers l’ouest, la Bretagne m’appelle…

J’écoute la longue histoire
de chaque pierre du chemin…


Bonjour Claire… C’est Jeanne ! J’espère que les fraisiers donnent bien malgré ta terre argileuse. Je viens d’avoir une proposition intéressante. Une petite boîte bretonne. Reliure et diffusion. Envoie-moi une carte du Prado. Tu me raconteras Les Ménines. Salue Marc et les enfants. Je t’embrasse. À plus. Cinq fois, j’ai écouté son message. Bu une gorgée de thé glacé après chaque sifflement du répondeur. Puis j’ai effacé la bande. Suis-je surprise ? Je la connais depuis la fac… Dans le jardin, quelques fraises se risquaient hors des feuilles fatiguées. Jeanne les aurait trouvées ridicules. Elle m’avait donné quelques stolons à l’automne dernier. Tu sais, la fraise n’est qu’un simple porte fruits, avait-elle murmuré en déposant la cagette sur le gravier. Essaie toujours ! Une terre noire mouillait le papier journal autour des mottes. Un mois après, les jeunes plants faisaient toujours la grimace. L’argile de notre terrain peut-être.

Apprendre à cueillir délicatement
la caresse de chaque fruit…


Et voici qu’elle m’annonce son départ vers l’ouest : elle en parlait depuis des années d’aller se poser en Bretagne. Chaque fois que nous l’invitions à dîner, « sa Bretagne » revenait au centre des échanges : je suis amoureuse de cette terre, vous comprenez ! Ce mariage du granit et de l’océan est magnifique ! Et les lumières changeantes, ces nuages en perpétuel voyage, cette odeur d’iode comme un parfum m’irradie tout le corps ! J’ai découvert cette terre magique à vingt ans ! Le coup de foudre ! Valise collée au sol, je ne pouvais plus quitter les clins d’œil du phare de l’île de Groix ! Ce soir là, j’ai su que c’était ma terre… J’attends le bon moment ! C’est tout ! Un jour viendra. Je sais être patiente… Je vous ferai signe !

Je suis un simple voyageur
vêtu d’un peu d’ombre de la nuit…


Je suis arrivée hier soir ! J’ai traversé la moitié de l’hexagone en une douzaine d’heures. Ce que la radio peut bégayer ! Toutes ces paroles vaines ! Le monde va donc si mal que ça ! Et j’ai eu la flemme d’ouvrir une valise pour choisir un CD ! Un peu de jazz dans la nuit m’aurait allégé le temps et l’espace ! L’album The melody at night with you a l’art de me mettre en apesanteur : je peux rouler toute une nuit avec Keith Jarrett en boucle, sans jamais sentir la moindre fatigue. Be my love, du velours, des étoiles entre les oreilles ! Là, assise au bord de l’océan, quelques mouettes, un peu de vent, un léger clapotis et ce parfum d’iode me signalent que je suis à un bout de mon chemin de rêve, face au large…

Guidée par la rumeur des vagues
au pied d’une balise verte, suis-je posée ?


Allo Claire, c’est Jeanne ! Vous n’êtes peut-être pas encore rentrés de votre périple ibérique ! Alors ces Ménines ! Tu nous en as tellement parlé ! Il n’y avait que deux sujets lors de nos belles soirées : Le Musée du Prado avec ses fameuse Ménines et ma Bretagne ! Ce que j’ai pu vous gaver avec les lumières du couchant sur l’océan, le phare d’Eckmül’, l’île d’Ouessant, la pointe du Raz, l’Aber Wrach’, Houat et Hoëdic, la baie d’Audierne, la presqu’île de Crozon, Saint-Thégonnec, les enclos paroissiaux, les landes du Cap Fréhel…

Je ne sais à quelle adresse tu m’as envoyé la carte postale, mais elle ne va pas me retrouver de sitôt… En musardant dans le port cet après midi, j’ai rencontré une équipe de marins… Et demain, je pars sur leur cargo vers l’Océan Indien ! Ils m’ont parlé d’étapes à Zanzibar, Madagascar, Mayotte… Tu connais ?

Je marche sur un chemin qui ne mène à rien,
sauf à des ports imprévus…


jeanPol
Février 2011

samedi 5 février 2011

Une forêt primaire




"… enfoui au cœur des choses
et du temps qui s'écoule
qui donc s'est égaré
sur le chemin sans nom

à la brume bue
au creux du plus haut pic
invisiblement se glisse
un rayon de soleil pâle

ce monde est tel qu'il est
depuis qu'il n'a plus d'âge
pareil au bruissement de l'aube
le rire neuf de l'éveil"


Yves Moatty
Aux rives de l'outre rêves

Fin janvier, alors que la saison des pluies se poursuit, nous avons bénéficié d’un temps idéal pour aller découvrir, avec l’Association Les NATURALISTES, Environnement et Patrimoine de Mayotte, une partie de la forêt primaire, sur les pentes du Mont Mtsapéré (572 m). À l’ouest de Mamoudzou, une route conduit jusqu’à la Maison du Gouverneur construite dans les années 1880. Elle permettait une «convalescence» supportable dans cette zone tropicale aux militaires en poste. De là, nous avons pris une piste dans ce qu’il reste de la forêt primaire à la découverte des bégonias (begonia comorensis), des orchidées (eulophia pulchra), et autres essences… La nature est reine, libre ; seuls les chants des oiseaux et le concert du vent dans les bambous se mêlent aux senteurs sauvages…